Comment intégrer un système de stockage d’énergie dans un SCADA existant ?

système de stockage d'énergie BESS

Le système de stockage d’énergie n’est plus un équipement périphérique. Lorsqu’il est intégré à une architecture SCADA ou un EMS existant, il devient un actif central du pilotage énergétique et de la stabilité réseau.

Avec la montée en puissance des ENR, les contraintes croissantes des gestionnaires de réseau et la nécessité d’optimiser les flux énergétiques en temps réel, le stockage par BESS joue désormais un rôle structurant : gestion des pics de puissance, régulation P/Q, mécanismes d’effacement, soutien fréquence…

Mais son intégration dans une supervision déjà en production ne se limite pas à l’ajout de nouveaux points. Elle implique l’introduction d’un actif dynamique, fortement contraint en temps réel et interconnecté aux automatismes, aux protections électriques et parfois au comptage. L’enjeu est donc de garantir une intégration maîtrisée, capable d’absorber les contraintes de performance du SCADA, d’assurer un pilotage du système de stockage d’énergie et de respecter les exigences réseau sans compromettre la disponibilité globale de l’installation.

Dans cet article, nous détaillons les prérequis techniques, les points d’intégration critiques et les choix d’architecture indispensables pour intégrer efficacement un système de stockage d’énergie dans un SCADA existant.

Les prérequis techniques avant d’intégrer un système de stockage d’énergie

Analyse de l’architecture existante

L’intégration d’un système de stockage d’énergie dans une architecture SCADA déjà en exploitation impose une analyse technique approfondie de l’existant. L’enjeu est de s’assurer que l’architecture SCADA peut absorber les flux supplémentaires sans altérer la stabilité ou la performance du système global.

La première étape consiste à évaluer les capacités résiduelles des serveurs de supervision : charge CPU, mémoire disponible, performance de l’historien, latence d’acquisition, bande passante réseau. Un système de stockage d’énergie génère un volume important de mesures, d’états et d’alarmes. Il faut donc garantir que les couches logicielles et matérielles en place sont dimensionnées pour intégrer cet actif sans goulot d’étranglement.

Sur le plan réseau, la redondance est un prérequis. Dans une architecture critique, une coupure sur un switch, sur une liaison fibre ou sur une passerelle peut rendre le système partiellement aveugle. Les topologies PRP, HSR, MRP ou les chemins doublés doivent être audités pour vérifier leur compatibilité avec les exigences de communication du système de stockage d’énergie.

Enfin, les performances temps réel doivent être évaluées dans leur ensemble : temps de cycle entre l’émission d’une consigne et la réception d’un retour d’état, synchronisation temporelle des événements (NTP ou PTP), comportement en cas de surcharge ou de perte de communication.

Interfaces terrain du système de stockage d’énergie

Le système de stockage d’énergie constitue une interface critique entre conversion d’énergie, protections électriques et supervision. 

Le Power Conversion System (PCS) est le cœur opérationnel du stockage d’énergie. Il convertit l’énergie entre le réseau AC et les batteries DC, tout en assurant le respect des consignes d’injection et de soutirage émises par le SCADA. Sa supervision nécessite la remontée précise de l’ensemble des grandeurs actives : puissances, tensions, courants, etc. Le comportement du PCS est directement impacté par les permissifs, les limitations de ramp rate ou les seuils de sécurité définis localement.

Les protections électriques doivent être visibles depuis le SCADA. Il s’agit non seulement de suivre l’état des disjoncteurs ou sectionneurs, mais aussi de garantir que les défauts (surtension, surfréquence, court-circuit, isolement) soient traités en moins de quelques millisecondes, via GOOSE ou logique locale dans un IED. Cette logique est généralement assurée par un automate ou un RTU situé à proximité du système.

Contraintes réglementaires liées au système de stockage d’énergie

Sur un site raccordé au réseau public, l’intégration d’un système de stockage d’énergie est un enjeu de conformité réglementaire. Les exigences des gestionnaires de réseau, RTE comme Enedis, sont de plus en plus précises quant à la qualité des données, à la réactivité des équipements et à la traçabilité des événements.

Pour être conforme, un système de stockage d’énergie doit répondre à des exigences strictes :

  • Temps de réponse : inférieur à 500 ms entre la réception d’une consigne et son exécution effective sur le terrain,
  • Précision des mesures : écart maximal de 1 % sur les grandeurs électriques critiques (tension, courant, puissance active et réactive),
  • Horodatage : milliseconde obligatoire, avec synchronisation NTP ou PTP entre les équipements terrain et le SCADA,
  • Traçabilité : historisation exhaustive de chaque événement, changement d’état ou défaut, avec archivage structuré et exportable.

Le non-respect de ces exigences peut entraîner des pénalités contractuelles ou un refus d’exploitation lors d’un audit technique.

Intégrer un système de stockage d’énergie dans un SCADA existant

L’intégration d’un système de stockage d’énergie (BESS) dans une architecture SCADA déjà en production impose une approche systémique. Il s’agit d’ajouter un actif énergétiquement piloté, fortement contraint en temps réel, et positionné au carrefour des automatismes, des équipements de conversion, des protections, et parfois même du système de comptage. 

Identifier les points d’intégration dans le SCADA

Le premier point à déterminer est le vecteur d’intégration du système de stockage dans l’architecture de contrôle-commande : directement dans le SCADA via une passerelle IP ou concentrateur, ou via un contrôleur de terrain dédié. Dans une architecture existante, il est recommandé d’isoler le système de stockage d’énergie dans une sous-hiérarchie spécifique avec son propre domaine fonctionnel, ses règles d’alarme et son arborescence.

Dans un SCADA existant, le nombre maximal de points, les temps de scan des équipements, la charge processeur de l’historien et la bande passante réseau peuvent être des limites. Il est donc indispensable d’évaluer la capacité résiduelle avant tout raccordement.

Définir le périmètre de supervision du système de stockage d’énergie

Le SCADA doit fournir une vision claire et opérationnelle du système de stockage d’énergie.

Celui-ci doit indiquer en permanence l’état de fonctionnement : charge, décharge, standby, défaut ou indisponibilité. Ces états doivent être distincts, horodatés à la source, et permettre d’identifier rapidement les transitions ou les basculements non prévus.

Parmi les indicateurs à superviser, on retrouve :

  • Le State of Charge (SOC), indispensable pour piloter les consignes de puissance,
  • Le State of Health (SOH), à suivre pour anticiper les pertes de capacité utiles,
  • Les puissances active et réactive, les tensions et courants triphasés, ainsi que les températures des équipements associés.

Ces données doivent être rafraîchies avec une fréquence adaptée à la dynamique du site (typiquement 1 s, parfois jusqu’à 100 ms), et historisées pour permettre l’analyse post-incident ou le reporting énergétique.

Enfin, les alarmes doivent être clairement codifiées, hiérarchisées et acquittables. Leur gestion conditionne la réactivité des équipes et la continuité d’exploitation.

Construire la visualisation en temps réel dans le SCADA

La visualisation du système de stockage d’énergie doit permettre d’identifier l’état du système, les flux énergétiques, les alertes critiques et l’état de disponibilité de chaque sous-composant.

Le synoptique dédié doit représenter le chemin de l’énergie entre le système de stockage, les protections électriques, le réseau interne et les points de couplage HTA/BT. Les états des disjoncteurs, les valeurs de puissance, les modes de fonctionnement (charge, décharge, défaut) doivent y être clairement indiqués, avec des changements d’état dynamiques visibles immédiatement.

Côté exploitation, des tableaux de bord synthétiques sont nécessaires pour piloter le système au quotidien : disponibilité, SOC/SOH consolidés, production cumulée, température, nombre de cycles. Ces dashboards doivent être pensés pour une lecture rapide et une prise de décision immédiate.

La courbe temps réel de puissances, tensions, températures et états de fonctionnement permet d’anticiper les dérives ou les séquences anormales. L’historisation doit être assurée en haute fréquence sur l’ensemble des points critiques, avec archivage structuré et exportable.

Choisir les protocoles de communication adaptés au système de stockage d’énergie

Le choix du protocole de communication conditionne la qualité des échanges entre le système de stockage d’énergie et le SCADA. Il impacte la vitesse de transmission, la richesse des données disponibles, la compatibilité avec l’architecture existante et la capacité à maintenir une supervision stable dans le temps. 

Dans les architectures critiques, le protocole IEC 61850 est aujourd’hui incontournable. Il permet une structuration normalisée des données, la gestion des événements par GOOSE ou MMS, une intégration native et une forte réactivité. L’IEC 61850 s’impose lorsque le système de stockage d’énergie interagit avec des protections numériques, des postes HTA, ou des automates de sécurité. Il permet aussi une intégration harmonieuse avec des IED multi-fabricants.

Lorsque le contexte est moins normé (ou que l’équipement ne supporte pas de protocole normalisé), le Modbus TCP/IP reste une solution compatible avec la majorité des équipements industriels. Il permet de récupérer les états de fonctionnement, les mesures électriques, les alarmes et les indicateurs de performance avec une granularité suffisante pour un usage SCADA. Sa simplicité est un atout sur des projets à faible niveau de complexité fonctionnelle, ou pour du rétrofit.

Enfin, le protocole OPC UA permet une abstraction des couches physiques et une interopérabilité avancée. C’est un bon choix pour fédérer plusieurs équipements de marques différentes (PCS, RTU, automates), ou pour interfacer un SCADA avec un EMS. Il facilite également les échanges vers des systèmes IT ou des plateformes de supervision cloud, tout en assurant un niveau de sécurité élevé.

Sécuriser la disponibilité du système de stockage d’énergie dans le SCADA

Le système de stockage d’énergie étant devenu un actif critique dans les architectures industrielles et ENR, sa disponibilité dans le SCADA ne peut dépendre d’une chaîne de communication monolithique ou non redondée. La supervision doit garantir une continuité de service, même en cas de défaillance partielle de l’infrastructure.

L’architecture SCADA doit être redondée sur l’ensemble de ses couches : serveurs, bases de données temps réel, réseaux et passerelles terrain. Les mécanismes de bascule automatique garantissent la continuité d’exploitation en cas de panne.

La gestion des pertes de communication avec le système de stockage d’énergie doit être définie. Cela inclut le déclenchement de scénarios d’alerte, la mise en mode sûr du système via automate et l’activation de fallback locaux si les consignes ne sont plus disponibles. Une supervision sans logique de repli expose l’installation à des comportements non maîtrisés en cas de perte de lien avec le système SCADA.

Enfin, sur un site où le système de stockage contribue à la stabilité électrique (pilotage de tension, fréquence, soutien à l’autoconsommation), sa disponibilité devient stratégique. Le SCADA doit donc intégrer des mécanismes de monitoring spécifiques : watchdogs de communication, supervision active des liens, tests cycliques de redondance, alertes en cas de désynchronisation temporelle.

Sécuriser la chaîne de supervision, c’est garantir que le système de stockage reste pilotable, visible et traçable, même en situation dégradée, et ce sans impact sur les autres fonctions critiques du site.

Études de cas d’intégration d’un système de stockage d’énergie avec un SCADA existant

JSA est intervenu dans le cadre d’un projet énergétique pour un client final en fournissant une partie clé de la solution globale de contrôle-commande et de supervision.

Le projet portait sur l’intégration d’un système de stockage d’électricité de type BESS avec son système de contrôle-commande et son SCADA, basé sur la plateforme Zenon Energy Edition. La solution fournie associait matériel, logiciel et temps d’engineering, avec une contrainte forte : s’intégrer dans l’architecture globale déjà définie par le client.

L’ensemble comprenait un EMS/PMS pour le pilotage énergétique, des PCS pour la gestion de la puissance du stockage, ainsi que des transformateurs assurant le raccordement au poste privé HTB. Ce point de connexion constituait d’ailleurs l’un des enjeux techniques majeurs du projet, puisque l’intégration devait garantir la cohérence des échanges entre le système de stockage d’énergie, les équipements de conversion et l’infrastructure électrique existante.

La solution déployée permet ainsi une gestion cohérente, supervisée et sécurisée du stockage d’électricité au sein de l’installation globale, avec une intégration complète dans la chaîne de contrôle-commande du site.Sur le plan capacitaire, le système de stockage batterie peut atteindre jusqu’à 23 MW de puissance installée, avec un minimum de 2 heures utilisables au point de connexion sur le poste HTB. Ce dimensionnement permet au client de disposer d’un actif énergétique capable de soutenir durablement l’exploitation du site, tout en répondant aux contraintes réseau et aux besoins de pilotage temps réel.

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